François, Fabienne et la roulette russe

Mardi 11 mars 2008, 14 heures


    Même si c’est avec 13 voix d’avance seulement, les électeurs ont tranché. François Meylan a donc la légitimité pour mener une liste unique face à Duty et, surtout, face à une éventuelle alliance Duty-Landreau.

    Il serait hautement souhaitable que cette nouvelle liste soit une liste de fusion. J'avais suggéré, voilà quelques moins déjà (voir ci-dessous), que la règle de répartition soit de 2/3 (pour la liste arrivée en tête) et 1/3 (pour la liste arrivée en second) à l'intérieur des 23 éligibles sur 29 conseillers.             Selon mes informations, c'est ce que François a proposé hier (15 + 8) avec 3 adjoints (dont le poste de 1er adjoint à Fabienne Faure, chargée des relations extérieures, Sivom, Communauté de communes, Genève, Région, etc.) L'idéal pour elle. L'idéan pour l'avenir de la liste fusionnée et donc pour celui des Ferneysiens.

    Réunis dès 20 heures, lundi soir, Fabienne et ses co-listiers avaient à choisir entre fusion et maintien (à mon sens, le choix aurait dû être fusion ou retrait). Ils ont choisi le maintien.
    Au pire, ce sera suicidaire pour tout Ferney.
    Au mieux (ce que je ne crois pas), ils parviendront à combler le fossé de 13 voix qui les sépare de François et seront élus, dans des conditions  pour le moins contestables.
    Le moyen terme, le plus probable, est que le fossé se creusera encore, qu'ils ne seront pas élus et que Fabienne, qui vaut mieux que ça, aura perdu sa légitimité morale et politique à Ferney et dans le pays de Gex.
    Au vu du travail qu'elle fait à la Région et même de celui qu'elle a réussi à faire au cabinet de Duty, malgré ou contre lui, c'est un incommensurable et irréversible gâchis.

    Ce mardi matin, j'ai appelé Fabienne pour tenter de la raisonner, insistant sur le seul choix éthique possible: fusion ou retrait. Ne voulant pas, jusqu'à la dernière minute, renoncer à l'idée que le bon sens peut encore l'emporter, j'ai demandé à François de ne déposer sa propre liste que quelques instants avant le délai légal, 18 heures.
    Je veux encore y croire. J'ai d'ores et déjà autorisé François à inscrire mon nom dans le comité de soutien à sa liste, en espérant de toutes mes forces qu'il s'agira d'une liste de fusion.

    Face à une telle situation, j'éprouve un sentiment de tristesse, d'incompréhension et, plus encore, de honte.

Alex Décotte


PS: Même si l’alliance Duty-Landreau ne se réalise pas, même si Landreau ne se retire pas en faveur de Duty, Fabienne ne le saura pas avant d'avoir elle-même déposé sa propre liste, mardi à 18 heures. Cela s’appelle la roulette russe.



Réponse de Fabienne Faure
12 mars 2008

Alex,

    A ta lettre adressée indirectement aux lecteurs de Candide je souhaite apporter une réponse sincère, avec l’information que tu leur dois et toute l’amitié que je te porte. Ce sera réalité, respect et collégialité.
    Réalité du résultat :oui la liste « Ferney-Avenir » précède «Ferney-Voltaire pour tous» de 13 voix; c’est pour cette raison et parce que la démocratie existe - encore - dans notre pays, que les règles des scrutins sont établies et que nous avons la possibilité de nous maintenir, il n’est sans doute pas d’exemples dans lesquels 2 listes arrivées si proches fusionnent ou, moins encore, que l’une se retire ; le désaveu s’est porté sans équivoque sur la liste « Ferney une ambition partagée ». Obtenant à peine un quart des suffrages après un seul mandat, le maire sortant a subi de l’aveu même de ses proches un cinglant rejet dont il aura très grand mal à se remettre. Recourant à maintes techniques relevant de la pub commerciale « J’aime Ferney » parvient également à se qualifier pour le second tour. Or si des contacts entre les 2 listes arrivées en tête avaient effectivement été maintenus, aucune décision n’avait été retenue.
    Réalité des conséquences : Les citoyens ferneysiens éclairés et libres auront donc un choix clair : 4 listes parce que la loi le permet (et non parce qu’untel ou untel l’autorise ou ne l’autorise pas), parce que les nombreux électrices et électeurs qui ont soutenu notre projet et notre équipe doivent pouvoir le faire encore massivement, et parce que d’autres doivent pouvoir les rejoindre dans le cadre d’un vote utile. Il n’y a certainement rien de «contestable» dans tout cela.   
    Respect des candidats et des électeurs, ensuite :ce n’est pas en gesticulant et en exerçant des pressions confinant parfois à la menace que l’on donnera dans la ville de Voltaire un bel exemple de tolérance et d’ouverture d’esprit ! Qu’en aurait-il été si l’écart entre les 2 listes avait été significatif ? je n’ose l’imaginer, je crois au contraire qu’il est profitable à la démocratie , et même impératif, de permettre la confrontation objective d’idées et de programmes, de méthodes de fonctionnement et de travail et de faire preuve de sérénité plutôt que d’agitation. Tel est le sens de notre démarche qui n’a rien d’égoïste ni de « suicidaire » pour reprendre tes mots. Une remarque s’impose à cet égard: je ne rêve pas de conquérir la mairie de Ferney-Voltaire le matin en me … douchant , pas plus que je ne prétends constituer un rêve pour les ferneysiennes et les ferneysiens , leur rêve c’est un emploi, un logement abordable, une éducation pour leurs enfants, un épanouissement individuel et collectif, ce ne sont pas une femme et un homme, aussi conscients soient-ils de ces enjeux, qui leur apporteront une solution miracle. Seules le permettront la volonté de travailler ensemble élus et population, la persévérance et la cohérence sur la durée d’un mandat (ce qui ne se décrète pas mais se construit).
    Collégialité enfin: interne : ce principe, cette « éthique » a guidé notre conduite depuis plusieurs mois, notre liste s’est bâtie progressivement dans la confiance, par l’écoute de chacun et la transparence, les décisions à prendre l’ont été solidairement, il en a été ainsi de même lundi soir quant à notre position pour le second tour, chacun a pu s’exprimer , les options possibles ont été présentées, le choix du maintien retenu à l’unanimité, je suis tête de liste, prima inter pares et non despote, je prends en compte la volonté de mes partenaires, ce n’est ni une résignation ni un entêtement, c’est un choix libre, partagé, responsable
    Municipale :une fois élus, le cas échéant et nous y croyons, nous conserverons ce comportement vis-à-vis de la (des) minorité(s), des personnels et des habitants, les associant dans toute la mesure du possible aux réflexions et aux actions qui les concernent autant que nous ; je reste dubitative quant à un fonctionnement aussi démocratique de la part de ceux qui n’ont comme seul objectif que de décrocher un ticket d’entrée sans se préoccuper de ceux qu’ils trouveront derrière la porte : les agents municipaux d’une part et les administrés de l’autre. La victoire ne s’emportera pas que dimanche soir, elle devra être quotidienne au service des ferneysiennes et des ferneysiens qui nous auront donné - aux uns ou aux autres - mandat et des autres tout aussi respectables à qui nous expliquerons nos politiques, il faut une conscience de la charge « morale et politique » de ce que cela représente, nous l’avons.

Fabienne


Très bref élément de réponse à la réponse

    Si l'une des deux listes l'emporte au deuxième tour, leur comportement entre les deux tours ne relèvera plus que d'un problème de conscience et des règles, élastiques, de la morale en politique. Chacun en portera les honneurs ou les stigmates. Si, en revanche, la dispersion sur deux listes, concurrentes et désormais ennemies, des 60% d'anti Duty se solde par sa ré-élection (ce qui n'est hélas pas exclu), il faudra bien que chacun rende des comptes aux Ferneysiens. Je crains qu'alors, même avec seulement 13 voix de retard, ce résultat soit difficile à porter, pour toute ta liste et pour toi, prima inter pares, en particulier.

Alex




Ferney à la croisée des chemins
12 janvier 2008

   

    Après plus de trente ans d'engagement citoyen à Ferney-Voltaire, j'ai décidé de ne pas être candidat aux prochaines élections municipales. C'est pour moi le résultat d'une évidence et d'un choix. A l'évidence, les "politiques" apprécient de moins en moins l'irrévérence d'un électron libre; par choix, je ne souhaite trahir ni mes convictions ni les Ferneysiens en mettant de l'eau dans ma piquette.

    Pour autant, il m'est impossible de me désintéresser du sort de "mon village". Sa situation, son avenir sont inquiétants. Pour avoir intensément participé, dans l'opposition, aux sept années du mandat de Pierre-Etienne Duty, je sais que les dérives d'un maire ambitieux et ambigu ne peuvent être que partiellement contenues par une opposition institutionnellement réduite à la portion congrue. Pour mettre fin à ses errements, un renouveau est indispensable. Hélas, deux listes concurrentes prétendent à sa succession. C'est suicidaire.

   

Les tenants de ces deux listes sont l'un et l'autre des amis. Le 8 janvier, je leur ai adressé une lettre commune, dont j'espérais un effet avant que s'engage la campagne. A ce jour, je n'ai reçu que des réactions partielles, montrant que chacun rejette sur l'autre la responsabilité de la désunion. Dans ces conditions, à cinq semaines du premier tour, il me paraît aujourd'hui nécessaire de rendre publique cette lettre, afin que les citoyens ferneysiens puissent, avant qu'il ne soit trop tard, tenter d'inverser le mécanisme d'une défaite annoncée.

Alex Décotte, 28 janvier 2008




Lettre intégrale d'Alex Décotte
à François Meylan et Fabienne Faure,
8 janvier 2008



Chers François et Fabienne (dans l’ordre d’entrée en scène…),

A quelques semaines des élections municipales à Ferney, vous allez présenter deux listes distinctes et opposées pour faire pièce à la réélection de Pierre-Etienne Duty. On voudrait le reconduire à son poste qu’on ne s’y prendrait pas différemment.

Pierre-Etienne Duty est sans doute le plus mauvais maire que Ferney ait connu depuis un demi-siècle. Chacun de ses prédécesseurs eut ses défauts mais il les cumule tous, y ajoutant un trait jusque là inconnu : l’inintelligence souveraine et pernicieuse. Son premier mandat, avec l’affaire des bois de la Bagasse, la connivence permanente avec promoteurs et propriétaires fonciers, le projet difficilement abandonné de gendarmerie spéculative, la pratique quotidienne d’une non-démocratie locale, n’est sans doute rien encore, comparé à ce que pourrait être un second mandat. Vous êtes, nous sommes sur ce point du même avis : la priorité absolue est d’écarter ce dangereux individu.

Vos deux listes ont, l’une comme l’autre, leur valeur et leur légitimité.

Toi, François, tu es tout dévoué à la chose publique. Trop peut-être, au point que cet absolutisme intellectuel t’a parfois coûté de douloureux échecs. Nous avons loyalement travaillé dans l’équipe de Georges Vianès jusqu’au jour où la belle cohésion a éclaté. Dans cette affaire comme dans d’autres, tu n’as pas tous les torts mais tu en as. Tu as ensuite usé de tous les moyens contre tes anciens amis, y compris la dénonciation. J’en ai encore un souvenir personnel cuisant mais, dans l’affaire des bois où tu t’es comporté de manière exemplaire, nous avons choisi de nous en expliquer. C’est donc, désormais, du passé. Peut-être serait-il souhaitable que tu abandonnes de la même manière l’amertume longtemps entretenue à l’égard de certains autres membres de notre équipe d’alors, aujourd’hui présents sur la liste de Fabienne. Ils ont une évidente légitimité à poursuivre leur mandat public.

Toi, Fabienne, tu as su te tirer du mauvais pas où tu t’étais mise en officiant comme chef de cabinet de Pierre-Etienne Duty. De nous tous, c’est sans doute toi qui le connais le mieux et ton engagement, face à lui, montre que tu as perçu la gravité des périls qui nous menacent tous. Par ta probité, ton éthique, ton intelligence et ton engagement, tu as su établir et entretenir des liens de qualité avec ceux des élus, majorité et minorité confondues, qui ont choisi cette charge pour servir plutôt que pour se servir. Tu as réussi à les fédérer, ce qui était une gageure. Vous formez aujourd’hui une véritable équipe. Tu y es pour beaucoup.

L’une et l’autre, vous avez publiquement annoncé votre intention de présenter des listes séparées. Etait-ce le bon choix ? Il est trop tard pour se poser la question. Au soir du premier tour, vous vous compterez. Si le maire sortant est reconduit, vous n’y serez pas pour rien. S’il se retrouve en ballottage, sachez qu’en maintenant contre lui vos deux listes au second tour, vous le réélirez inexorablement. Est-ce votre vœu ? Est-ce le souhait des Ferneysiens ? Sinon, que faire ?

François, lorsque Ferney-à-venir s’est constituée en machine électorale, voilà trois ans, je t’ai demandé en assemblée générale comment vous envisagiez une éventuelle coopération avec l’actuelle minorité. Tu m’as répondu en substance : « Notre projet est bouclé mais il reste encore quelques places sur notre liste, pour ceux qui voudraient nous rejoindre. » A genoux et en chemise, comme les bourgeois de Calais… Nous nous sommes revus souvent mais tu n’as pas varié. C’est suicidaire. Pour toi. Pour ton équipe. Pour Ferney.

Fabienne, tu n’étais pas ferneysienne lorsque l’affrontement a éclaté entre Georges Vianès et François Meylan. Mais tu en as entendu parler et tu sais que les cicatrices continuent d’être douloureuses, de part et d’autre. Tu as dans ton équipe des personnes qui en ont été les acteurs, à commencer par Daniel Raphoz, qui succéda à François Meylan à l’Urbanisme. Comme je l’ai fait avec François dans les bois de la Bagasse, tu dois aujourd’hui imposer à tes troupes de ranger leurs armes au vestiaire. Vous n’écarterez pas Pierre-Etienne Duty si vous n’acceptez pas une complète remise à plat du passé, des cicatrices, des divergences, des amertumes. Et aussi des convergences. Car il y en a plus que vous ne pensez !

Faites le pari gagnant. Allez au premier tour séparément, comme s’il s’agissait de primaires, mais faites savoir dès le début à vos électeurs que vous vous réunirez au deuxième tour. Comment ? En tenant quel compte du résultat du premier tour ?

Voici ma proposition.

Dès maintenant, vous deux groupes se rencontrent. Sereinement, avec la volonté affichée de parvenir à un accord. Vous faites ensemble l’inventaire des points de votre programme sur lesquels vous êtes d’accord (ils sont de loin les plus nombreux), de ceux sur lesquels vous pourriez dégager une position commune (il y en a certainement) et de ceux qui posent vraiment problème (s’ils existent, ils ne doivent pas être nombreux). Vous convenez que, dès le premier tour, vous exposerez aux électeurs ce qui vous est commun et ce qui vous différencie, à charge pour eux de donner par leur vote l’avantage à la liste correspondant le mieux à leurs aspirations.
Le jour du premier tour, vous vous montrez ensemble dans les locaux électoraux, vous participez ensemble au dépouillement et, dès le lendemain matin, vous composez une liste commune, porteuse d’un programme unique donnant la préférence aux points défendus par la liste arrivée en tête.
La liste du deuxième tour devra comporter des candidats issus des deux listes. Dans quelles proportions ? Selon quelles règles ? C’est à vous d’en débattre dès aujourd’hui. Lorsque le consensus aura été établi, tant sur le programme que sur les personnes, il devra faire l’objet d’un véritable contrat, signé par toutes les parties. Voici ce que j’imagine :

La tête de liste du deuxième tour sera celle de la liste ayant recueilli le plus de voix au premier tour. Ensuite, le panachage se fera :
- soit à égalité, ce qui serait envisageable dans l’hypothèse de résultats très proches ;
- soit à la proportionnelle des résultats, ce qui est la solution intellectuellement la plus satisfaisante mais risque de rendre l’équipe inopérante en cas de blocage ultérieur ;
- soit selon une répartition de deux tiers / un tiers, cette proportion devant être respectée tant au sein de l’exécutif que parmi le reste des élus.

Cette dernière solution créerait certes une « minorité dans la majorité » mais je suis sûr que, dans la dynamique de la vie publique, le clivage s’estomperait rapidement. De toute manière, mieux vaut partager la responsabilité de l’action que se retrouver pour six ans au fond de la salle, ultimes rescapés de deux listes battues, face à un Duty triomphant.

Vous avez maintenant, l’une et l’autre, les uns et les autres, l’avenir de Ferney entre vos mains. Le modeste citoyen que je suis redevenu vous conjure de ne pas le mettre en péril.


Alex Décotte, Ferney-Voltaire, 8 janvier 2008


P.S. : Ce message n’est aujourd’hui adressé qu’à vous deux, à charge pour chacun de le communiquer aux personnes de son choix. Je me tiens à votre disposition pour en discuter et même, si vous le souhaitez, pour servir de médiateur.