Deux générations, Amalric et Alex...

Calgary Stampede, juillet 1985

L'enfant et les Indiens, août 1993

Les Indiens et l'enfant, août 1993



Calgary Stampede, juillet 1985



   Il était une fois, dans l'Ouest, rien du tout. Rien. Enfin presque rien. Aux confins de la plaine éternelle et de la montagne absolue, au revers des premières collines, au confluent de deux rivières d'ar¬gent qui ne se nommaient pas encore la Bow et l'Elbow, un rendez-vous pour bisons roux, ours bruns et loups blancs. Le premier Indien était passé depuis quelques milliers d'années, mais avait poursuivi son chemin vers le Sud. Le premier homme blanc, lui, en était encore à chercher le passage qui, par-delà l'océan, lui permettrait de gagner les Indes. Et, bien entendu, le sable gris bordant le lit de la Bow et de l'Elbow n'avait jamais été foulé par le sabot d'un seul de ces chevaux que les explorateurs européens amèneraient dans les cales de leurs caravelles. Bref, ce petit coin d'univers était un coin de paradis, à peut près vierge et complètement innocent.

   Les choses ont bien changé et chaque année, en juillet, le confluent de la Bow et de l'Elbow devient désormais, pour dix jours, le centre du monde. Un lieu vers lequel convergent des centaines de milliers de curieux, trois ou quatre cents Indiens appartenant à deux ou trois tribus, une centaine de chevaux sauvages, quelques bisons, des boeufs, des vachettes, une trentaine de carrioles bâchées aux roues de bois cerclées de métal, tirées par quatre chevaux à la flèche, une poignée de violoneux, trois clowns et quelques dou¬zaines de héros tout droit tirés du parnasse américain, moitié hom¬mes, moitié dieux, la mâchoire volontaire, le regard incisif, le corps prêt à bondir, les bottes à talons aussi dures que les pieds d'une statue, l'auréole d'un large chapeau protégeant du soleil leur front décidé: les rodeomen.


   Etrange variété que celle-là. D'où viennent-ils, de quel ranch, de quel canyon ? Par quel chemin de poussière et de lumière ? Et pourquoi sont-ils donc là, au centre de cette arène, pour ce jeu de vie et de mort qui ne durera que quelques secondes et dont la violence pèsera de toute son éternité ? Que cherchent-ils ? L'argent ? La gloire? Le risque ? Ou simplement la beauté du geste, la densité de l'instant ?


    Les huit ou douze secondes pendant lesquelles le rodeoman parviendra - ou ne parviendra pas - à se maintenir en équilibre sur le dos du mustang constituent à chaque fois un miracle, salué par le souffle retenu de tout le public. Sur le fronton de lumière viennent s'inscrire les points attribués immédiatement par le jury. Eh non, Joe, tu ne seras pas encore champion de l'Alberta cette année, ni à plus forte raison champion du monde, mais tu t'es bien battu, tu n'as pas eu peur, le cheval était nerveux, tu as pris dans les reins des coups qui anéantiraient le plus robuste des piétons citadins, tu as tenu bien haut la main droite tandis que, dans la tourmente, la gauche s'agrippait à la corde enserrant le poitrail du cheval, tu as été courageux, tu es un bon Canadien, tu peux rentrer chez toi la tête haute. Au suivant.


   Quand le rodéo est-il devenu un jeu, puis un sport organisé ? Pas facile à dire. Sur ce continent où tout se mesure à l'aune de l'ar¬gent, il était inévitable que les faiseurs de gros sous attirent à eux les héros vivants, les mythes éternels, pour faire enfler l'affiche. Ils y ont si bien réussi que celle du Stampede, le plus grand rodéo du monde, ne comporte même plus la liste des événements et mani¬festations. Chacun des sept cents, huit cents, neuf cent mille specta¬teurs la connaît par coeur. Chaque jour, pendant dix jours, ça com¬mence dès huit heures du matin par les petits déjeuners gratuits, distribués au coin des rues du centre-ville sur les planches rugueuses de charrois d'autrefois. Aussitôt après débutent, aux carrefours investis pour l'occasion, les square-dances à l'ancienne, bras dessus, bras dessous, auxquelles viennent s'agglutiner tous les passants, quel que soit leur âge, tant les entraîne le son aigre, mélancolique ou joyeux, mais toujours complice, que tirent de leur instrument de bois, usé jusqu’à la fibre, deux ou trois violoneux tout ridés de rires et d'années. A deux pas de là, dans les banques austères habituellement fréquentées par les chercheurs de pétrole, les guichets prennent des airs de guinguette, les guichetiers des allures de shérifs en goguette. Devant le Liquor Store, quelques Indiens un rien paumés attendent l'ouverture de leurs gros rêves de mauvaise bière. Des pétroliers passent sans les voir, une bouteille de Mouton Rotschild à la main.


   Là-bas, plus loin, au confluent de la Bow et de l'Elbow, le casino de la dernière frontière lance déjà ses boules rouges et les Chinois, fieffés joueurs, se serrent autour des tables. Derrière l'arène, on amène tant bien que mal, dans de solides enclos, les chevaux sauvages, provisoirement enlevés à leur plaine et sans lesquels le rodéo ne serait qu'un numéro de cirque. Cet après-midi, les plus fougeux d'entre eux, ceux qui auront réussi à jeter d'une seule ruade leur cavalier dans la poussière, seront ovationnés et l'homme sifflé. Leur meilleure récompensera sera de pouvoir retourner dans ces immensités où personne, jamais ou presque, ne les approche.
Tandis que l'homme et l'animal s'affronteront en combats singu¬liers successifs, les guerriers à longues tresses de la tribu Sarcee entameront au pied des tipees leur incessante sarabande sur le grand tambour central, entraînant dans leurs rythmes les danseurs à plumes arc-en-ciel, perles naïves et mocassins à clochettes.


   Vite, flash back sur la piste. L'homme qui se cramponnait sur le dos furibond d'un lourd taureau noir a été jeté dans la poussière, l'animal déjà fait volte-face, revient, charge, les cornes au ras du sol. Il va piétiner sa victime mais d'un bond, une tache multico¬lore est venue devant ses gros yeux rouges et capte, détourne son attention, le fait obliquer, les sabots passent à quelques centimètres de l'homme à terre et se jettent aux trousses de l'apparition colorée. La feinte a réussi, l'homme est sauvé et maintenant, d'une esquive, le clown, car c'était un clown, fausse compagnie au fauve, tandis que deux brancardiers emmènent le blessé. Une cabriole encore, le temps que le concurrent suivant ait pris place sur un autre animal fou. La fête continue.


   Ce soir, quand le ciel aura viré au pourpre et à l'indigo, que l'arène se sera ouverte sur la boucle d'une longue piste terreuse, de surprenants équipages s'avanceront à leur tour pour plaire à quelques dizaines de milliers de paires d'yeux qui jugeront en connaisseurs l'une des plus folles courses qu'il m'ait été donné de voir, celle des chuckwagon. Les chuckwagon, c'étaient à l'origine ces carrioles à bâche voûtée qui emportaient, dans le sillage des premiers colons, la lourde cuisine nécessaire au repas des con¬quérants. Aujourd'hui, ces mêmes carrioles sont là, sur la piste. A la flèche, quatre chevaux parfaitement maîtrisés et, aux rênes, un homme pas toujours jeune, tant il est vrai qu'il faut à ce poste l'expérience d'une vie. Le diable sait beaucoup de choses parce qu'il est diable, mais il en sait encore plus parce qu'il est vieux, dit le proverbe. Au coup de trompe, quatre attelages de quatre chevaux s'élanceront, suivis chacun par deux cavaliers servants. Que le meilleur gagne et malheur à celui qui passera sous les roues. C'est le Stampede, la ruée sur Calgary, Province de l'Alberta, dans l'Ouest canadien.



L'enfant et les Indiens, août 1993


   A quoi donc cette différence pouvait-elle tenir? Dans nos jeux d'enfants, entre la grange et le bouquet de noisetiers, cachés entre les groseilliers et la palissade décatie qui délimitait tant bien que mal la surface du potager, nous passions nos étés à attaquer les diligences. Nous étions tantôt Indiens et tantôt hors-la-loi. Face à nous, le shérif veillait. Or, sans raison apparente, notre comportement variait suivant que nous avions endossé les hardes et les plumes des vilains Cheyenne ou le chapeau rabattu et les bottes serrées des méchants desperados. Lorsque Indiens nous attaquions la diligence, c'était pour massacrer femmes et enfants, alors que nos concurrents bandits ne tuaient que le cocher et filaient à l'anglaise, ou plutôt à l'américaine, après avoir pris possession du contenu du coffre. Le monde des enfants est parfois un impitoyable reflet de celui des adultes.

   Plus tard, quand je suis devenu grand, j'ai eu envie d'aller à la rencontre des Indiens. A leur rencontre? Disons que je voulais surtout les voir de près, en chair et en os, le temps d'un frisson, mais que je n'imaginais pas de partager vraiment les instants de leur vie. La toute première fois, ce fut en Floride, où j'avais entendu parler des Indiens Séminoles. Je disposais d'une voiture et je forçai mon courage jusqu'à me rendre par la route sur le territoire que ma carte Rand Mac Nally désignait comme une Réserve. Un petit mile avant de pénétrer dans cette zone inquiétante et mystérieuse, je pris mon souffle et remontai les vitres. Puis je fonçai. Devant la porte d'une maison de bois, un vieil homme à la tresse noire se balançait sur une chaise bancale. J'osai à peine le regarder, de peur qu'il me décoche une flèche. Je ne fis pas halte, bien sûr, dans l'unique épicerie arborant une publicité Coca-Cola et quittai rapidement les lieux, heureux et comme surpris d'être toujours en vie. Je venais de traverser courageusement, seul et sans armes, le territoire indien.

   Ainsi donc, les rengaines poussiéreuses, les vieux western et les bandes dessinées à quatre sous avaient pu faire de moi un couard et un raciste. Ma décision était prise. Le lendemain, je partis pour Denver, Colorado, à la recherche de Vernon Bellecourt, alias Newboum Wau Nini, leader de AIM, American Indian Movement. Il venait lui aussi, mais plus dignement, d'échapper à la mort. Sa voiture, piégée, avait explosé devant sa maison quelques minutes après qu'il l'eut quittée. Colosse à la tresse noire et au regard clair, il me prit sous son aile et imposa ma présence, le soir même, à un pow wow rituel qui se tenait dans un hangar désaffecté de la périphérie. On était encore loin des tipis et du calumet de la paix, mais les guerriers emplumés étaient là, battant en large cercle le grand tambour central en grinçant de la luette. Pas de femmes, ce soir-là. La libération des minorités a ses limites, même en terre indienne.


   La nouvelle arme des Indiens n'était plus la lance, mais la langue, celle que l'homme blanc leur avait inculquée, généralement de force, pour les civiliser, comme il disait. J'étais un homme blanc, j'aurais donc dû, moi aussi, me sentir coupable, fautif. Et les Indiens que je rencontrais auraient dû me faire sentir que j'étais leur adversaire, leur mortel ennemi. Eh bien non. Jamais je ne sentis d'hostilité, d'agressivité. De l'indifférence parfois, mais souvent aussi de la complicité. Comme si les Indiens avaient voulu me prendre à témoin des atrocités que mes lointains cousins d'Amérique leur avaient fait - et continuaient à leur faire - subir, aux Etats-Unis mais aussi au Canada et, en particulier, dans ce Québec dont les chantres réclamaient pourtant, mais pour eux-mêmes et pas pour les Indiens, le droit à la différence.

   C'était voilà vingt ans. Max Groslouis venait d'être élu grand chef de la bande des Hurons, quelques centaines d'Indiens pas tout à fait indiens, d'ailleurs. Les Hurons vivent depuis plus d'un siècle à quelques kilomètres au nord de Québec, dans une minuscule Réserve dont les maisons ne sont guère éloignées, et guère différentes, de celles des Blancs qui les entourent. C'est d'ailleurs aux Blancs, à double titre, que les Hurons doivent la vie et, accessoirement, jusqu'à leur nom. Chassés, battus par les Iroquois aux confins de l'actuelle frontière canado-américaine, ils ne furent que quelques poignées de survivants à trouver refuge sous l'aile protectrice des Blancs de Québec, qui leur firent une petite place à proximité de la ville, suffisamment près pour que se nouent des idylles et que naissent des enfants métis sans lesquels les Hurons seraient sans doute inscrits, aujourd'hui, au chapitre des peuples à jamais disparus.

   Mais les brimades font parfois ce que le sang ne saurait faire: les Hurons d'aujourd'hui ont certes tous dans les veines, à l'image de Max Groslouis, passablement de sang blanc mais, comme leurs frères Abénaquis, Algonquins, Attikameks, Cris, Malécites, Micmacs, Mohawks, Montagnais ou Naskapis, ils ont été pendant des décennies confinés dans leur Réserve, privés de tout droit, à commencer par celui de voter. Alors, métis ou pas, ils se sont sentis plus Indiens encore que ceux qui vivaient dans le Grand nord, loin de tout contact avec l'homme blanc et, donc, de tout métissage.
  

   Je suis retourné dans la minuscule réserve huronne, l'hiver dernier, avec la ferme intention de retrouver Max Groslouis, perdu de vue depuis près de vingt ans. Etait-il toujours grand chef, se battait-il toujours contre l'homme blanc? C'était la nuit et la neige encotonnait tout. A la recherche de la maison de Max, je remarquai soudain une plaque: Rue du Grand Chef Max Groslouis. Si le  Grand Chef Max Groslouis était ainsi digne d'une commémoration, c'est qu'il devait être allé rejoindre ses ancêtres, là où on fume pour toujours le calumet de la paix. Mais non. Max Groslouis était toujours vivant et bien vivant et si ses concitoyens avaient décidé de baptiser de son nom une des rues de la Réserve, c'était pour le consoler: après vingt ans de bons et loyaux services, d'avoir été battu aux dernières élections. J'ai finalement revu Max Groslouis parmi ses Hurons, au début de l'été. J'ai retrouvé le même homme, le même regard, la même tresse, à peine blanchie. Et le même combat.


Les Indiens et l'enfant, août 1993

Une version filmée de cet épisode sera bientôt disponible ici

   Lac Waswanipi, août 1993. Sur la longue plage de sable grisâtre, des enfants jouent au ballon, d'autres se baignent en criant, d'autres encore se pressent à les faire chavirer sur les barques à moteur japonais qui font la navette avec le village, à quelques kilomètres de là. On se dirait dans une colonie de vacances pour gosses banlieusards, n'était le hâle des vacanciers. Leur teint est plus cuivré que celui obtenu après quinze jours de bronzage intensif et tous ont le cheveu sombre. Lorsqu'en fin d'après midi, sous un ciel menaçant, ils regagnent l'autre rive, ce n'est ni un hôtel ni même une quelconque bâtisse qui les attend, mais un campement hétéroclite fait de quelques tipis enturbannés de nylon, d'une douzaines de cabanes de contreplaqué tout neuf, de tentes de toile écrue montées sur un squelette de troncs de bouleaux encore verts mais consciencieusement dénudés de leur écorce. Ce lieu ne devrait plus exister. Ici, l'une des bandes qui composent le peuple des Indiens Cris a vécu depuis des temps immémoriaux. En septembre, les hommes se postaient au bord du lac pour guetter le passage des outardes, les oies sauvages qui fuyaient à l'avance l'hiver du Grand Nord. Ils en prélevaient leur part et attendaient leur retour, en mai, lorsque les volatiles remontaient vers le nord, le temps d'un trop bref été. De novembre à avril, le village se vidait presque complètement. Seuls y restaient les vieux, quelques enfants en bas âge et leurs mamans allaitantes. Tous les autres passaient l'hiver dans le bois, chassant ou trappant l'orignal, le wapiti, le caribou, le loup, le renard, le castor ou le lièvre, ou pêchant parfois par des trous, aménagés dans la glace des innombrables lacs, le saumon ou l'esturgeon. Au début de l'été, ils se retrouvaient ici pour attendre le passage de l'homme de la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui venait échanger les fourrures contre divers objets de première nécessité ou, plus récemment, contre des dollars.  

   Non, il ne devrait rien subsister de ce lieu et pourtant ils sont tous là ou presque. Lorsque l'homme blanc a décidé, voilà une vingtaine d'années, d'ériger une série de barrages hydro-électriques sur les affluents de la Baie James, le niveau des eaux aurait dû monter de plusieurs mètres et le petit lac Waswanipi aurait dû devenir une immense mer intérieure, immergeant la plupart des territoires de chasse traditionnels. En prévision de cette disparition, les Indiens de Waswanipi ont été déplacés à une quarantaine de kilomètres, sur une hauteur, et l'homme blanc leur a construit de belles maisons à sa façon, dans lesquelles les Cris ont accepté de vivre à l'occidentale ou presque, avec téléphone et air conditionné, à l'exception de tous ceux, un bon tiers des habitants, qui ont continué à s'engouffrer dans le bois pour les chasses d'hiver.

   Mais, miracle, après la mise en place du nouveau village, l'homme blanc a modifié ses plans, les barrages ont été construits ailleurs, inondant d'autres territoires plus au nord et le petit lac de Waswanipi a été, provisoirement du moins, épargné. Aussi, chaque été, pour renouer les liens qui les unissaient autrefois et que le confort moderne a un rien écornés, les Cris de Waswanipi reviennent ici passer une partie de l'été. Sous le grand tipi bleu, les plus vieilles femmes surveillent le feu autour duquel, suspendus à des cordes, tournent des douzaines d'outardes dodues à souhait, deux ou trois castors à la graisse pour moi quasiment immangeable mais que les Cris adorent, des quartiers d'orignal, un ou deux lapins.

   C'est jour de fête et chacun, tout à l'heure, pourra participer au festin mais d'abord, il faut participer à la cérémonie d'initiation des jeunes enfants. Agés de plus d'un an et de moins de deux, ils sont une dizaine que leurs grands parents habillent déjà de vêtements traditionnels, dans le secret d'un tipi blanc dont la porte de toile a été soigneusement abaissée. Dehors, les grands frères et soeurs, les parents, les amis, attendent en se racontant des histoires de chasse ou d'épousailles. Un tapis de branches mène du tipi à un pin de petite taille contre lequel un vieux sage est venu déposer un long fusil. La porte de toile se soulève. Soutenu par son grand-père, un mouflet aux allures de poupée, engoncé dans un habit blanc brodé, le front ceinturé d'une tresse de perles et traînant au bout d'une ficelle un canard sauvage tué de frais, s'avance jusqu'à l'arbuste. Le vieil homme saisit le fusil, l'arme et le tend à l'enfant dont il faut guider le doigt jusqu'à la détente. Pan. Te voilà chasseur, pour toute la vie que t'a donnée le Grand Manitou.

Alex Décotte